lundi 17 juin 2019

Liam

Un changement drastique de vie, c’est toujours un début d’histoire compliqué. C’est comme commencer une saga au second tome. Le lecteur débarque en pleine action et découvre un personnage déjà installé, un décor déjà posé, un climat qu’il est sensé déjà connaître.
Quand à l’auteur, il va devoir faire remonter les informations importantes au compte-goutte et les distiller dans l’histoire en essayant de ne pas alourdir la narration, de ne pas perdre le lecteur, de ne pas perturber le personnage. 
Je ne suis pas adepte des notes de bas de page qui coupent l’histoire et créer bien souvent plus de désordre qu’elles n’apportent de réponse, aussi, je compte imposer à Liam, le personnage, de nombreuses remontées de souvenirs, certaines douloureuses.

J’espère qu’il ne m’en voudra pas trop.

Il existe une autre difficulté : le choix d’un changement de vie pour un début d’histoire, j’aime bien.
Mais le choix du bon moment est important.
Liam a eu une vie, comme beaucoup, pleine de rebondissements, de chocs, de découvertes, de victoires et de défaites. L’important est de choisir le bon moment. L’apprentissage de la propreté est un grand moment dans la vie d’un enfant, avec un impact particulier sur son entourage : il grandit, il fait un premier pas vers l’indépendance, il va pouvoir entrer à l’école…
Mais je ne suis pas sûre que commencer mon histoire sur un pot est une bonne chose.
Le décès d’un parent est également une charnière dans une vie.
Mais malgré toute l’affection que j’éprouve pour Mary Elliott Senior, j’ai préféré laisser Liam tranquille à ce moment-là. Il devait être présent pour son père et ses sœurs tout en travaillant sur son propre deuil, et je ne me voyais pas m’incruster dans un moment pareil.

J’ai donc choisi le moment où, laissant derrière lui une entreprise familiale en reconversion, Liam prend son indépendance et rejoint sa jeune sœur à la campagne.
C’est bien ça, un départ à la campagne.

jeudi 6 septembre 2018

Apéro dînatoire et tarots divinatoires _ chapitre 5

copyright PetrolKiwi, merci de m'informer de tout emprunt, diffusion ou copie de ce texte et des suivants

 à l'adresse suivante : erika-adam@hotmail.fr.

Attention : je n'accepte aucune publicité ni aucun démarchage sur cette adresse, je n'ai pas besoin de smartphone gratuit, je ne souhaite pas rencontrer de filles chaudes dans ma région et mon pénis métaphorique n'a nul besoin d'être élargi. Merci de respecter cet espace comme vous le feriez pour le vôtre. Paix dans le monde et sardines fraîches pour tous !


Il fallu à Sacha et Mélanie quelques jours d'adaptation à l'existence étrange dans les montagnes. Mélanie avait passé quelques vacances dans le coin dans des colonies de scouts mais Sacha avait été élevée en ville, elle n'avait connu que la jolie maison rue des Lavandières et l'appartement suivant, elle était restée dans le même groupe scolaire et avait toujours eu la même baby-sitter. Sa vie en ville était simple : On ne quitte pas la maison sans son portable, son abonnement de transport en commun, ses clefs, son spray au poivre, on ne parle à personne, on ne regarde personne dans les yeux, on limite les sourires pour éviter d'être prise pour une tarée et/ou quelqu'un qui veut en découdre. Si on a un problème, on appelle maman, ou les numéros d'urgence, ou on crie très fort et on court. 
Et si on a besoin de quoi que soit, il faut payer.

En Lozère, c'était légèrement différent.
Chaque jour, Magnus faisait le compte des personnes à visiter. Les sœurs Piquette dans leur ruine de l'autre côté de la vallée devait être vues avant jeudi, parce que Monsieur Lestrade, le vendeur de fromage était passé chez lui dimanche matin et devait les voir le jeudi. Elles apprendraient alors l'arrivée de Mélanie et Sacha. Il fallait que Magnus puisse présenter ses invitées avant que le fromager ne le fasse. Depuis la mort de leur oncle, les sœurs Piquette possédaient le terrain entre la maison de Magnus et la route. L'allée menant a l'arche ne lui appartenait pas. Il avait demandé la gérance de cette friche en arrivant et l'oncle la lui avait accordé oralement en échange d'aide pour son toit. Mais cet agrément ne concernait pas les sœurs Piquette et elles pouvaient parfaitement décider d'installer une clôture sur leur friche, coupant ainsi l'accès direct à l'allée. En réalité, selon le cadastre, le chemin réel pour accéder à la propriété de Magnus était une servitude étroite et peu pratique serpentant dans la forêt sur environ cinq cents mètres et totalement impraticable en voiture. Grâce à ce lointain accord avec l'oncle décédé,  Magnus remplaçait le crapahutage piéton dans les bois par trois minutes d'une allée de terre battue droite et directe.
C'était nécessaire, en particulier quand il devait charger ses lourdes créations dans son vétuste utilitaire.
De mauvaises relations avec les sœur Piquette le priveraient de son allée.
Des obligations sociales de ce genre étaient le quotidien de Magnus et il n'en éprouvait aucune gêne. Sacha voyait dans ces contraintes une privation de liberté perturbante, et ne comprenait pas comment son anarchiste d'oncle pouvait s'y plier avec autant de bonne volonté.
Jusqu'au jour où elle rencontra Franz, Thomas et Peysly.
Les trois jeunes gens débarquèrent avec deux gros chiens paisibles, dans un camion aménagé aux couleurs d'un groupe de musiciens locaux. Ils étaient débraillés, portaient des dread locks immenses, des piercings étranges, et embaumaient le feu de bois et une odeur douçâtre que Sacha n'aimait pas.
Franz était un petit blond musclé à la voix claire et forte, Thomas une grande perche aux yeux injectés de sang et aux doigts toujours en mouvement. Il grattait constamment en sourdine un ukulele et passait son temps à faire des points noirs irréguliers sur un paquet de de feuilles de récupération réunies en cahier par une grosse agrafe. Il fallu bien deux heures de réflexion à Sacha pour comprendre qu'il s'agissait d'un solfège primitif. Thomas composait sans arrêt, comme obéissant à une possession fievreuse tenace.
Peysly était maigre et vive, avec des yeux verts étincelants sur un visage basané.
Magnus les invita à rester l'après midi, on sortit l'apéritif, on montra les dernières création, on chanta, et alors que la nuit tombait, on alluma le barbecue pour d'épaisses saucisses aux herbes que Franz avait rapportées. En mettant bout à bout des bribes d'informations, Sacha comprit que Magnus était les sœurs Piquettes des trois jeunes. Elle regarda avec étonnement cette fête improvisée dans la bonne humeur et l'apparente camaraderie. Ça ne ressemblait pas à quelque chose de calculé, d'imposé. Elle avait l'impression d'être dans une réunion de veux copains qui s'apprécient et se respectent. Mais comment pouvait on se respecter en étant liés de cette manière ?
La réponse ne lui vint qu'en pleine nuit, une fois la fête terminée, alors qu'elle sombrait dans un sommeil lourd.
La confiance.
Ici, dans la rude campagne où une voiture était une denrée précieuse, où une maison ou un terrain valait dans le cœur des gens bien plus que dans leur portefeuille, la confiance et le respect de sa parole était d'une valeur inquantifiable.
Je te donne mon bois et tu me donne tes mains pour mon potager. Tu me fais mes courses et je te trouve quelqu'un pour castrer ton taureau. Tu m'aides, je t'aide et on aidera ensemble ceux qui en ont besoin.
Parce qu'on ne sais pas quand la neige va tomber.

jeudi 16 août 2018

Apéro dînatoire et tarots divinatoires _ chapitre 4

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Sacha passa quelques jours dans ce flou étrange, comme une sorte de déconnexion forcée. Elle était là et en même temps absente, elle se situait au-dessus d'elle même. Et le lieu bizarre dans lequel elle avait été parachutée ne risquait pas de l'aider.
Le lendemain de leur arrivée, elle se réveilla vaseuse sur les coups de midi, les muscles endoloris par sa mauvaise position dans la voiture. Elle pris lentement conscience que le bruit constant qui bourdonnait dans ses oreilles et l'avait bercée ces dernières heures n'était pas l'effet de son épuisement. Dans l'atelier inondé de soleil sous le dortoir, son oncle Magnus utilisait une série de petites machines de précision pour peaufiner une création apoplectique en bois et métal.
Elle resta dix bonnes minutes hypnotisée par les mouvements de ces doigts torturés, couturés, brûlés, marqués qui ciselaient avec une grande délicatesse un patchwork grossier.
La porte vers le salon s'ouvrit et Mélanie s'avança vers sa fille. 
- Coucou, Bouchon. Tu as faim ?
Elle avait les traits tirés mais Sacha pu faire la différence entre les marques du stress et de l'anxiété qui se voyaient avant, et la simple fatigue du voyage.
- Pas pour le moment. 
- Quand tu voudras, il y'a ce qu'il faut sur
 la table, dehors. Je te laisse émerger. 
Elle s'avança alors vers l'établi et tapota doucement l'épaule de Magnus pour lui présenter une boîte qu'elle avait dans les mains. 
- C'est ça ? 
Magnus eut un bref sourire.
- Pose. Je vais te montrer quoi en faire.
Et devant les yeux ébahis de Sacha, Mélanie revêtit un gros tablier brun et un casque de soudeur pendant que Magnus lui installait des croquis.
Sacha quitta l'atelier.
Elle traversa l'univers absurde de la pièce à vivre et passa la lourde porte menant au jardin. Les cliquetis qui l'avaient effrayés la veille venait d'un petit bosquet de bambous. La table de jardin en métal forgé était dans un coin du jardin, à gauche de l'arche. Dans la pleine lumière, l'arche n'était pas noire mais d'un beau gris bleuté, décorée de lichens colorés. Elle fit un tour d'horizon. Le jardin était enclavé de hauts murs de la même pierre, dont était également faite la maison, du sol au faîte de la cheminée. Des arbres à grosses feuilles rondes courraient comme du lierre sur le "L" formé par la pièce à vivre et la cuisine. Partout où la place le permettait, des sculptures de métal et des outils en tous genres et dans tous leurs états étaient posés, là, près à servir ou à être admirés. Derrière la table, un escalier semblait mener à une terrasse masquée par ce qui ressemblait à un immense mûrier qui sortait  directement du mur de pierre.
Avançant toujours dans cette impression de flottement rêveur, Sacha passa l'arche et suffoqua. 

À sa droite, son regard de précipita dans une vallée boisée, percée de rares toitures de pierre. Quelque part au fond, un château en ruine ajoutait une touche de mystique. Les montagnes s'étendaient à perte de vue, perdant leur couleur verte jusqu'à se noyer dans le bleu du ciel. 
Et au dessus de cela, protégeant de sa masse bienveillante les vallons et vallées de son royaume, le Mont Lozere était.

mardi 14 août 2018

Apéro dînatoire et tarots divinatoires _ chapitre 3

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Sacha s'extirpa de la voiture avec une lenteur calculée, prenant le temps de faire quelques exercices d'étirement et de rassembler ses affaires de voyage avant de s'approcher lentement de cet oncle mystérieux. Elle essaya de percer l'obscurité autour d'elle mais il n'y avait pas d'éclairage public, la seule lumière était la lampe frontale de Magnus et l'étrange lueur chaude qui éclaboussait le sol devant la porte, de l'autre côté de l'arche noire. 
Sacha entendait la respiration difficile de sa mère, comme des sanglots refoulés et la voix basse et rassurante de Magnus. 
Elle tourna lentement sur elle même. 
Elle avait toujours vécu dans la lumière, le grondement des voitures, les éclats de voix et les odeurs acides et chimiques de l'humanité. Elle n'avait aucun repère, ici.
Brusquement, elle prit la mesure de ce que Mélanie avait fait. Avant de céder à la panique, elle fit deux pas timides vers sa mère. 
Celle-ci inspira rapidement, deux petits hoquets de lapin asthmatique, et elle tendit le bras vers Sacha.
- Magnus, voici mon immense gamine.
La frontale heurta Sacha en plein visage, la faisant cligner des yeux.
- Désolée, fit Magnus en éteignant la lumière. On va rentrer, on pourra faire les présentations correctement. Mel, tu veux vider ta caisse maintenant ?
"Mel ?"
Sacha n'avait jamais entendu personne donner un surnom à sa mère.
- On a pas grand chose...
- Alors on descend tout maintenant. Je vous loge au dortoir pour ce soir, on réhabilitera la Maison aux Pommes demain. On garera ta citadine dans le virage du Bressan. Je ne pense pas que tu puisses t'en servir souvent ici. Elle est trop délicate, la poupette.
A tous les trois, un seul voyage fut suffisant pour descendre les sacs et valises.
Ils passèrent sous l'arche noire, traversèrent un jardin obscur saturé d'odeurs entêtantes et inconnues. Une légère brise fit monter un cliquètement perturbant sur la gauche. Sacha resta au plus près de sa mère. L'escalier montant à la porte d'entrée était bizarre sous ses pieds mais l'impression fut balayée par la décoration du logement.
La lumière était chiche et dansante, fournie par des lampes à pétrole disséminées dans la pièce à vivre. Des meubles disparates, rafistolés, des pièces de métal fixées sur du bois brut, des couleurs aléatoires, des instruments de musique que Sacha n'avait jamais vu de sa vie, des livres et des outils plus ou moins abîmés étaient posés dans tous les coins, un escalier inquiétant menait à une mezzanine mystérieuse, et une énorme cheminée prenait tout un mur.
Il régnait une odeur de métal chauffé, de cire d'abeille et de nature. Même à l'intérieur de la maison, ça sentait la terre et le bois.
Mélanie inspirait à plein poumons les odeurs de ses vacances d'enfant. Sacha se gorgeait de visions tourbillonnantes de créations malades et hypnotisantes. Elle repoussa un frisson désagréable.
Magnus les conduisit à travers la pièce, ils passèrent une porte vitrée qui donnait sur un immense atelier. Sans s'arrêter, Magnus et Mélanie traversèrent l'espace et grimpèrent un escalier grinçant menant à une seconde mezzanine aménagée en dortoir. Une demi douzaine de matelas et coussins disparates n'attendaient qu'elles.
Sacha était épuisée. Elle regarda à peine la porte menant à la salle de bains, elle laissa Mélanie dérouler un sac de couchage sur un matelas et elle s'effondra dedans, sombrant dans l'inconscience.
Les voix de Mélanie et Magnus l'accompagnèrent. Elle savait qu'ils devaient parler de son père, elle aurait aimé écouter, savoir exactement, enfin, ce qui n'allait pas chez sa mère.
Mais elle n'avait que quatorze ans. Elle était en vacances. Dans un autre monde. Dans un autre temps. Avec une maman qui s'appelait Mel et un oncle qui sentait la cire d'abeille.
Elle laissa tomber.
Demain, elle aurait, elle aussi, un surnom de vacances.
Quelque chose de cool.
Pour une vie cool.

samedi 11 août 2018

Apéro dînatoire et tarots divinatoires _ Chapitre 2

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Elles arrivèrent de nuit. 
Sacha s'était endormie à Mende, elle ronflait doucement, la tête enfoncée dans l'oreiller coincé contre la vitre, une main sur son portable. Mélanie était ne se sentait pas réellement fatiguée, malgré les sept heures de conduite entrecoupées de pauses d'un café de moins en moins chaud tiré d'un vieux thermos. Depuis Mende, elle devait se concentrer. Elle n'avait pas l'habitude de conduire sur les routes de montagnes aux virages aigus et aux ravins heureusement masqués par la nuit. Elle n'était pas forcément trouillarde mais l'image de sa citadine rebondissant sur les parois rocheuses jusque dans un torrent furieux et glacé lui créait tout de même un soupçon d'inquiétude. Et surtout, elle avait au fond du cœur une sorte d'angoisse plaisante à l'idée de revoir son frère.

Magnus n'était pas facile. C'était un rêveur, un idéaliste. Il avait vécu ses premières années en banlieue de Paris, était passé d'une cité grise à l'immensité vierge de la Lozere. Après une dizaine d'années de liberté, Eloi, son père, avait décidé que la vie hippie gaucho-communiste des gens du coin n'était pas un terrain favorable à l'éducation de son fils unique. 
Sa femme n'étant pas d'accord, il l'avait laissée sur place et était parti s'installer à Toulouse avec Magnus. Ingrid quittait régulièrement ses montagnes pour rendre visite à son fils avec des airs de plus en plus bohème. Elle avait ouvert leur maison cévenole à une bande de doux dingues un peu musicos, un peu chamanes, un peu bricolo qui vivaient de troc et de magouilles jamais sérieusement illégales mais pas non plus franchement dans la norme. Elle faisait rêver Magnus alors que son école sérieuse toulousaine le bridait. 
Il pensait réellement à repartir dans les montagnes, avec ou sans l'accord de son père quand la mère de Mélanie était entrée dans leur vie. 
Immense et imposante, pleine d'allant, de rire et de courage, elle avait su gagner le cœur de son rebelle de beau-fils. La naissance de Mélanie avait apporté la stabilité nécessaire à Magnus pour respirer, passer son bac, tester un ou deux emplois convenables pour son père avant de décider que non, finalement, il était bien mieux les pieds dans les fougères que le cul sur une chaise de bureau. 
Il n'avait rencontré son beau-frère que le jour du mariage et leur présentation avait été houleuse. Finalement, Mélanie et lui s'étaient éloignés. Sacha avait du voir son oncle une petite dizaine de fois dans sa vie, à l'enterrement d'Eloi après son accident, puis pendant le cancer qui avait finalement emporté la mère de Mélanie. Et si possible les jours où son mari n'était pas là.
Mélanie n'avait pas remis les pieds dans ces montagnes depuis douze ans.
C'était peut-être le meilleur endroit pour se cacher...
Se reposer.
Se. Reposer.

Mélanie d'ébroua et se concentra sur sa conduite. Elle avait traversé Villefort, il lui restait à peine dix kilomètres. Maintenant il fallait qu'elle retrouve le sentier. Elle était sur la bonne route et savait que la maison de son frère était sur un sentier à droite, sans indication particulière à ce qu'elle se souvenait. Des pins, des rochers, des sangliers, et une bonne dizaine de sentiers, certains goudronnés, d'autres non, serpentant vers des terrains en friches, des bergeries, quelques gîtes, des hameaux ou simplement des passages de chèvres barrés aux voitures par des chaînes rouillées ou des portails rafistolés.
Mélanie essayait de compter les intersections mais elle ne se souvenait pas de combien elle devait en passer de toutes façons.
Tout ce qui lui tournait, c'était un bout de comptine que Magnus lui chantait quand elle était enfant :
"Une borne et sept virages, un orme avec un visage".
Elle se souvenait bien d'une sorte de pierre sculptée mais elle n'arrivait pas se rappeler si elle était à l'entrée de la maison ou du sentier.
Elle commençait sérieusement à se demander si elle ne devait pas s'arrêter sur une refuge et dormir quelques heure pour profiter de la lumière de jour pour continuer quand elle pila brusquement, réveillant Sacha en fanfare.
- La borne ! cria-elle en faisant marche arrière dans un crissement des pneus.
- Maman !
- Là  Elle est là ! Je l'ai vue !
Elle stoppa la voiture devant l'entrée d'une petite route goudronnée parfaitement identique aux autres. Mélanie se demanda une demi-seconde comment son hippie de frère avait réagi quand la municipalité avait décidé de faire rentrer le sentier dans la modernisation.
Là, dans les hautes herbes, à la lumière des phares, un bout de pierre sculptée dépassait.
- C'est quoi ?
Sacha avait la voix pâteuse et l'air un peu effrayé.
- C'est la fin du voyage.
Mélanie mis son clignotant et s'engagea sur la route.
- Une borne et sept virages, Sacha. On y est.
L'excitation inhabituelle de sa mère était contagieuse et Sache se mit à compter les virages avec elles. Elle passèrent une cahute sans toit, un embranchement perdu, une grosse maison plongée dans l'obscurité et enfin, en contrebas, deux tâches de lumières indiquant une vie humaine réveillée à cette heure indue.
Après le septième virage, Mélanie s'engagea dans une allée défoncés jusqu'à un amas de pierre indistinct malgré la lumière des phares. Une silhouette dégingandée les attendait au bout de l'allée, une lampe frontale éclairant le sol devant elle.
Mélanie pris à peine le temps de mettre le frein à main avant de sauter hors de la voiture dans les bras de son grand frère.


dimanche 5 août 2018

Apéro dînatoire et tarots divinatoires _ Chapitre 1

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Sacha aimait bien le matin. Surtout les matins où elle n'avait rien d'autre à faire que prendre son petit déjeuner en pensant à toutes les choses incroyables qu'elle pouvait envisager réaliser dans la journée. Même si elle savait qu'elle allait sûrement traîner dans l'appartement quelques heures avant d'aller retrouver Kelly pour une autre passionnante revue de leur année passée. Elles iraient peut-être à la piscine municipale avant de revenir sagement à la maison pour voir sa mère rentrer du boulot. Elles mangeraient un de ces plats bizarres que Mélanie préparait à l'avance pour ne pas se laisser déborder par ses obligations quotidiennes au point de ne pas avoir le temps de nourrir sa fille unique. Elles se raconteraient leurs journées. Enfin, Sacha raconterait sa journée pendant que Mélanie l'écouterait avec attention, rebondissant aux bons moments de la conversation tout en éludant les questions de sa fille sur sa propre existence. Elles finiraient par un film, ou un jeu vidéo et Sacha irait se coucher avec la lancinante impression de n'avoir rien accompli.
Elle laissa les étincelles de poussière dans un rayon de soleil illuminer ses pensées et repousser les mauvaises idées. 
Elle sauta dans un jean troué aux genoux, enfila un tee-shirt trop grand chiné dans une friperie près du port, elle fit une grimace au miroir de sa porte, prit sa brosse et quitta sa chambre.

Mélanie n'était pas une personne angoissée de nature. Elle était en contrôle. Elle avait toujours été en contrôle. Elle aimait les chiffres, les lignes droites, les horaires réguliers et suivre les règles. Elle aimait sa fille, son travail et sa ville. Et elle appréciait réellement sa tranquillité. Passer sous les radars, éviter les éclats, limiter la casse et surtout ne pas faire parler d'elle. 
Ce qui était complexe depuis quelques semaines. 
Mariée à un homme avec qui elle formait le couple parfait, elle avait vécu des années de rêve avec tous les accessoires livrés avec : la jolie maison, les deux voitures, le jardin, la petite fille adorable, les soirées romantiques au restaurant, les voyages en amoureux à Vérone, Marrakech, Barcelone, les sorties en famille dans les parcs d'attraction ou en camping en Bretagne...
Personne n'avait compris le divorce sauf Sacha, qui n'était pas stupide même si elle n'avait jamais été véritablement témoin de la vérité. 
Personne, même pas Sacha, ne savait pour la procédure d'éloignement dont faisait l'objet son si parfait mari.
Par contre, ce que tout le monde savait, c'est qu'un soir, Mélanie avait conduit Sacha chez une amie de sa classe puis elle était retournée chez elle accompagnée du père de cette amie pour remplir deux valises, essentiellement des affaires appartenant à Sacha, et elles n'avaient jamais remis un pied dans la jolie maison rue des Lavandières. Elles s'étaient installées dans un petit trois pièces au-dessus d'une boulangerie et Mélanie avait la garde exclusive de Sacha. 
Au boulot, les rumeurs allaient bon train, les conversations s'arrêtaient quand elle entrait dans une pièce, elle avait trouvé des cartes pour des conseillers conjugaux et des psychologues sous son clavier d'ordinateur et des fois, des collègues lui posaient une main réconfortante sur l'épaule ou lui adressaient des remarques acerbes sur l'importance de la stabilité familiale dans le développement d'un adolescent. 
Elle avait de plus en plus de mal à pousser la porte de son travail, elle gardait les yeux baissés sur ses chaussures et sentait quand même les regards lui brûler la nuque. Elle dormait à peine, ne mangeait qu'en présence de sa fille, elle sursautait au moindre bruit et avait tellement ralenti sa cadence de travail qu'elle avait accumulé près d'un mois de retard en une semaine. Un record.
En début de semaine dernière, son médecin lui avait proposé un arrêt de travail pour dépression.
Ce jour, debout devant la fenêtre en train de se ronger les cuticules en regardant dans la rue en contrebas, tout juste au delà des cent cinquante mètres imposés pas la juge, cette silhouette bien connue, immobile, le visage levé vers elle, elle se dit qu'un petit changement d'air serait peut-être une bonne chose.

Quand Sacha entra dans la cuisine, en train d'attaquer à coups de brosse ses cheveux bouclés hérités de sa mère, Mélanie lui lança en guise de bonjour :
- Tu m'en voudrais si je t'arrachais à la stabilité importante à ton développement d'adolescente pour aller courir dans les montagnes sans Wifi ?
- On va chez Oncle Magnus ?
- Ce serait une idée. J'ai... je peux poser quelques congés... pendant tes vacances. 
Sacha laissa sa brosse coincée dans ses cheveux et sauta au cou de sa mère. 
- Je préviens Kelly et je prépare ma valise !



lundi 13 février 2017

Rush Hour

Je ne suis pas encore tout à fait décédée.
Oui, je sais, j'ai supprimé mes comptes Facebook et Twitter et je ne suis pas vraiment ce qu'on peut qualifier de régulière sur ce blog. Oh, et effectivement, je ne réponds plus au téléphone, mais je textote facilement et je What's appe pas mal. J'ai toujours mon Instagram et Messenger aussi. et bien sûr, maintenant que j'ai une maison, j'ai même une boîte aux lettres que j'ouvre régulièrement. Et je peux vous assurer que, vu la masse de relevés de compte, de lettres des impôts et de factures que je reçois, le facteur connait mon adresse.

Donc, je suis toujours en vie et je suis joignable.

Mais pas entre neuf et dix-sept heures parce que je travaille.
Le matin c'est chaud, parce que je me lève à sept heures moins le quart pour réveiller les enfants, préparer le petit déjeuner, faire mes étirements, ma toilette, me maquiller, me coiffer, manger, courir après les enfants qui vont être en retard, trouver mes clefs, mon portable, mon fils, mon manteau, ma deuxième chaussure, mon portable, déposer le Gigot à l'école, et arriver tout juste à l'heure au boulot.
Le soir, c'est pas pratique, parce que je quitte parfois (souvent) avec un petit quart d'heure de retard (voire une heure), et que le temps que je rentre à la maison, c'est juste juste le moment de faire à manger et superviser les devoirs... Bien sûr après ça, c'est repas, puis coucher du Gigot, vaisselle...

Et bon, je ne vous cacherais pas qu'après tout ça, je n'ai pas forcément envie de répondre au téléphone pour m'entendre reprocher que je ne donne plus de nouvelles.

Maiis vous pouvez m'appeler le week end, mais attention parce que j'ai les courses, la piscine, les Gigot. Mais bon, avec un peu de chance, vous pouvez bien tomber à un moment où il ne se passe rien.
Mais du coup, les moments où il ne se passe rien, c'est Minecraft et les Sims. J'ai déjà du mal à choisir entre les deux, vous rajouter dans l'équation serait au-dessus de mes capacités mathématiques.

En plus, la semaine prochaine, je serai en Haute Savoie pour balancer le Gigot dans la neige et démontrer à ma sœur que les films de neige ne se finissent pas tous bien comme Rasta Rocket.
Vous me direz : "ces fonctionnaAires toujOurs en VacOnces", et bien je vous répondrais que oui, on tire vraiment sur la corde, hein, après tout, mes dernières vacances, c'était en août. A peine six mois et BOUM ! cinq jours de congé d'un coup !

Donc, je vous rassure.

Je ne suis pas encore tout à fait décédée.

Bises.